Royan : Un violon sur le Sable, 100 000 Oreilles à l'Ecoute ! - Jeanne-Martine Vacher
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07 Août 2015

Royan : Un violon sur le Sable, 100 000 Oreilles à l’Ecoute !

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Certains s’arrachent les cheveux pour tenter d’apporter une réponse à la question cruciale: comment amener le grand public à la musique classique. Persuadés que l’habit fait le moine, ils pensent souvent qu’il suffirait de changer de costume, de smoking ou de queue-de-pie pour que le vulgum pecus se rue sur les salles de concert. Mais d’autres réalisent la chose grâce à ce qu’il faut de passion, d’imagination, de déploiement de moyens, sans changer aucunement de rituel ou de costumes. Telle est bien la gageure réussie à Royan, dans le cadre du festival : un Violon Sur le Sable, complété par « Un Violon sur la Ville » qui donne lieu, chaque année à une multitude d’événements dans Royan et dans tout le pays royannais, durant 8 jours de festivités  Jugez-en plutôt :   installés en bord de  mer, nous fûmes plongés dans le bain dès le premier soir, confrontés à un match d’improvisation entre deux pianistes, Jean-François Zygel et Jean Rondeau (plus connu au clavecin). Il  s’agissait  de changer de décor et de règle du jeu. En effet, la compétition avait lieu  sur un court de tennis où trônaient  deux hiératiques pianos à queue. Comme il se doit au tennis, prirent  également place un arbitre et deux petits ramasseurs de…. notes. Vous l’avez compris, il s’agissait de filer une métaphore qui devait nous conduire du tennis au piano. Dans cet étrange concert, l’on voyait les musiciens s’échauffer, se toiser tels des boxeurs, se provoquer, se contester, rivalisant d’esprit et de mauvaise foi surjouée, et se jeter enfin, à tour de rôle, dans des improvisations aux thématiques improbables telles la migration de la méduse ou le plongeon du cachalot en eaux profondes… Le tout fut brillamment conduit par un arbitre -Daniel Despin-, maniant avec maestria le vocabulaire et les analogies tennisto-pianistiques qui dynamisaient parfaitement l’ensemble. Mais que l’on ne s’y trompe pas, ce mélange d’humour et de légèreté suscita, de plus, de très beaux moments de musique. Le face-à-face fut en effet fructueux et très stimulant à écouter. Car, si nous avions d’un côté un improvisateur reconnu, Zygel avec son savoir-faire indéniable, sa faconde bien rodée, sa répartie musicale en veux-tu en voilà, nous avions en face un véritable artiste, Jean Rondeau, foisonnant d’imagination. Sa sensibilité à fleur de touches  faisait naître des jeux de couleurs et de timbres, des envols, des paroles, des mondes lyriques ou oniriques qui parfois faisaient penser, par leurs résonances et vibrations, au meilleur des improvisations d’un Keith Jarrett…. Le lendemain soir, la fête prenait une beaucoup plus grande ampleur. Imaginez-vous sur la très grande plage de Royan, où s’est érigé un dispositif scénique n’ayant rien à envier aux plus grandes scènes rock : grand espace, light show, écrans géants,  orchestre- celui-ci constitué spécialement chaque année pour ce festival- sous la direction de Jérôme Pillement, directeur artistique du festival et chef  associant à sa battue un talent de bateleur et de pédagogue. Car les 50 000 personnes (oui vous avez bien lu, 50 000 ! ) lui faisant face sur la plage étaient pour beaucoup des néophytes.

PH.SOUCAHRD - PRODUCTION114 - 31 (1)Depuis 28 ans, porté par l’énergie et l’inlassable pulsation de son créateur PhilippeTranchet, ce festival, tout aussi exigeant que bon enfant, reçoit chaque année des artistes classiques de tout premier plan. Tous viennent se produire dans ce magnifique cadre, drainant un public digne d’un festival pop, sans rien concéder à la facilité. Ainsi fut-on époustouflée par les deux grands airs interprétés par Patricia Petitbon,  une Lauretta bouleversante dans le « O mio babbino caro » de Puccini qu’elle interpréta avec une intense subtilité, figure impressionnante tant elle contrastait avec le gigantisme du lieu et l’énormité de la foule qui lui faisait face. Cette foule ne s’y trompa pas qui  lui fit une longue et chaleureuse ovation. Dans le Candide de Bernstein,  elle brilla avec une virtuosité acrobatique, poussant le clownesque de l’aria jusqu’à ses extrêmes: Petitbon, joyeuse et tendre guerrière sans peur, sans reproche. Bertrand Chamayou, ce jeune « prince du piano », un artiste déjà fortement primé, frère d’âme de Schubert  eut  la rude tâche de lui succéder avec le deuxième mouvement, adagio assai, du Concerto en sol de Maurice Ravel. Ce chant serein qui semble composé sur une seule et longue respiration, il sut le faire entendre dans un silence soudain impressionnant. Porté par des dizaines de bénévoles qui se donnent sans compter, ce festival  existe depuis suffisamment longtemps pour avoir des us et coutumes, dont celle systématique d’un invité-surprise au coeur du concert. Aussi Yannick Noah fut-il à mes yeux et surtout à mes oreilles la mauvaise surprise et la seule fausse note de la soirée. Il faudrait d’ailleurs employer l’expression « fausse note » au pluriel tant elles sont la caractéristique de ce que j’ose à peine appeler son chant. Je parle ici de son répertoire en français, car lorsqu’il aborde un chant inspiré de l’Afrique, quelque chose en lui semble se transcender, se mettre en rythme et en harmonie. Noah donc,  au mépris des autres artistes, autrement talentueux, annexa la scène bien au-delà du temps qui lui était imparti, prouvant une fois de plus qu’une chose est de brailler à tue-tête qu’il faut changer le monde et respecter « son prochain », une autre est  de se l’appliquer à soi-même ! Par chance, l’on oublia ce piteux  épisode avec la douceur envoûtante du doudouk d’origine arménienne de Lévon Minassian. Vint ensuite le final où l’orchestre et le chœur amateur du festival interprétèrent Pomp  & Circomstance, l’une des cinq marches d’Elgar qui fut, en son acmé, éclairée, rythmée par un impressionnant feu d’artifice, conçu avec une précision sidérante  sur le tempo même de la musique, par David Proteau de la célèbre maison Ruggieri qui est aux feux d’artifice ce que la Philharmonie de Berlin est à l’orchestre !  La musique et la plage semblèrent alors magnifiquement s’embraser et … nous avec !

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En quittant les lieux, je me disais que bien sûr un mélomane, pointu et averti, n’aurait pas manqué de pointer les faiblesses de la sonorisation, tant il est difficile de rendre justice en un tel espace à toutes les nuances du piano ou à chaque pupitre de l’orchestre. Un autre encore aurait pointé la grande faiblesse, dans Haendel, des choristes amateurs, sans se laisser émouvoir par l’engagement total qui était le leur.Tout cela est vrai et pourtant, cela ne saurait gâcher le plaisir jubilatoire d’une telle manifestion où n’hésitèrent pas à se produire des artistes comme Renaud et Gauthier Capuçon, AlexandreTharaud,  Annick Massis, Brigitte Engerer, Katia et Marielle Labèque, Julie Fuchs, Philippe Jaroussky,  Didier Lockwood ou Laurent Korcia. Si j’avais à qualifier ces deux soirées, je le ferais avec un mot , un seul, extrait d’un chant de Handel interprété ce soir – là : Rejoice !! 

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1Comment
  • LMC
    Posted at 10:04h, 24 mars Répondre

    Ca doit vraiment être un spectacle superbe !

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