Biceps et cordes vocales : du salon Body Fitness à l'Inde du Sud !! - Jeanne-Martine Vacher
16708
singular,single,single-post,postid-16708,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-title-hidden,side_menu_slide_with_content,width_470,qode_popup_menu_push_text_right,qode-theme-ver-9.0,wpb-js-composer js-comp-ver-4.11.1,vc_responsive

14 Juil 2016

Biceps et cordes vocales : du salon Body Fitness à l’Inde du Sud !!

IMG_0046

Il y a une sorte de jubilation  à payer son billet et passer une matinée au salon Body-Fitnesslorsque l’on n’aime du sport que l’idée sans cesse repoussée ou la sophistication tout à la fois sensuelle et technique de ses vêtements. Comme tout salon, c’est une plongée merveilleuse et éprouvante dans un univers concentré à l’extrême sur son essentiel. À peine avais-je pénétré dans les pavillons 6 et 8 du centre d’exposition de la porte de Versailles que j’étais saisie par la présence dense, impressionnante de corps d’hommes et de femmes venus exhiber muscles et plastiques parfaits, loin de toute idée d’érotisme ou de sensualité, mais dans un rapport étroit, frontal avec des machines impressionnantes, très belles parfois. Ces hommes et ces femmes semblaient posséder une énergie inépuisable, surhumaine en tous les cas, d’une humanité différente de celle dont je suis faite. Comment dire le délice un peu pervers de se faire expliquer le fonctionnement de tous ces appareils, d’évaluer leurs prix, de les tester parfois, d’aller essayer des soutiens-gorge pour sportives de haut niveau, lorsque “in petto”, je sais que ma pratique sportive extrême consistera à aller, à pied, de Montmartre à Saint-Germain, pas toujours d’un bon pas ! Bref, j’en étais là de cette balade entre haltères, boissons énergétiques, visages crispés par l’effort, corps parfois défigurés par les muscles, beautés olympiques s’agitant avec un calme marmoréen, lorsque soudain, j’atterris devant un grand podium et découvris qu’une partie des visiteurs étaient venus en « tenue », prêts ainsi à se livrer à quelques étranges exercices, in situ. Il est peu de dire que je ne fus pas déçue, car dans les minutes qui suivirent, débarqua une petite troupe armée d’instruments qui n’étaient pas sportifs  mais musicaux, le tout sous la houlette d’un animateur survitaminé, qui me fut immédiatement très sympathique. Dans les minutes qui suivirent, l’atmosphère prit un tour de folie à laquelle, je dois dire, j’aurais eu du mal à résister, si je n’avais dû tenir un appareil pour filmer la scène et vous la faire partager ! En effet, tous ces corps agités avaient cessé d’être mécaniques pour être pulsés, agités, transcendés par la musique et la force irrésistible des percussions, tout cela avec une joie collective explosive à laquelle il était très difficile de ne pas se soumettre. Je quittai la place, les tympans un peu fragilisés, les mains embarrassées de prospectus que je savais inutiles et ravie de ce moment qui laissait mes muscles intacts de toute courbature. Franchement pour 8 euros cela aurait été idiot de s’en priver. C’était moins cher qu’un abonnement pour une salle de sport !

De retour dans le calme apaisant du foyer, le travail m’appelait vers quelques écritures, qui me portaient vers une autre manière de sacraliser le corps. Je plongeais en effet dans l’univers des devadâsîs ces jeunes femmes consacrées aux temples hindous dès leur plus jeune âge, entièrement dévouées aux divinités et aux brahmanes et dont l’existence était totalement tournée vers le sâcré. Leurs danses servirent de modèle au bharata natyam, danse classique de l’Inde du sud. Ces courtisanes sacrées, assez libres sexuellement, furent célébrées puis violemment réprimées, et enfin interdites en 1988, ce qui conduisit à la disparition de nombreuses danses rituelles. Un spectacle leur sera consacré à la rentrée prochaine au Festival d’Île-de-France, on pourra y entendre Kaushiki Chakrabarti. Fille de l’illustre Pandit Ajoy Chakrabarty, elle est aujourd’hui l’une des très grandes voix de la nouvelle génération d’artiste indien. Elle interprète principalement des chants du répertoire hindoustani (Inde du Nord).

Avant toute écriture, je décidai de m’immerger dans son chant, jouissant à l’avance des étranges délices offerts par la singulière vocalité indienne, aussi singulière aux oreilles occidentales  que le charme ambigu des intervalles des notes chantées ou la lenteur envoûtante de ces lignes vocales., un art immortalisé  en 1959 dans le film Le Salon de Musique de Satyajit Ray, cinéaste et compositeur.Après la  jubilation bruitiste déjantée du salon du Body-Fitness, ce chant indien était comme une invitation au silence et au raffinement, s’emparant de l’esprit tout en caressant le corps…

Ce fut un beau dimanche….

Ajoutez votre voix :

No Comments

Post A Comment

La Médiathèque

Tout se que j’ai crée ou collecté pour croquer le monde par les oreilles et par les yeux est rassemblé ici….